Chargement...
L’État s’est engagé à payer ses
fournisseurs sous 90 jours maximum. Entre entreprises privées, aucune
règle contraignante n’encadre les délais de paiement. Le jeudi 29 octobre
2026 au Novotel Abidjan Plateau, le Secrétariat Exécutif du Comité de
Concertation État-Secteur Privé (CCESP), avec l’appui du Ministère fédéral
allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), a procédé à la
restitution de l’étude sur les délais de paiement interprofessionnels : un
diagnostic, un benchmark international et une feuille de route pour une réforme
en faveur du financement des PME.
« La banque la moins chère de
Côte d’Ivoire »
La formule est celle du Président de
la Confédération Patronale Unique des PME (CPU-PME), Dr Moussa Élias Farakhan
Diomandé : la banque la moins chère du pays, c’est la PME, qui
« prête sans intérêt et sans garantie » à ses clients, grandes
entreprises comme administrations. Ce crédit forcé a un nom : le retard de
paiement.
« Les PME représentent 98 %
des entreprises formelles mais l’accès au financement demeure leur
contrainte majeure », a rappelé le Représentant le Secrétaire Exécutif du CCESP, Mme Mariam
Fadiga Fofana, le Conseiller Technique en chef, M. Georges Copré. Les retards
répétés fragilisent leur trésorerie et freinent l’affacturage, dont le
potentiel, estimé par la récente étude de marché du Programme de Développement
du Secteur Financier (PDESFI) à 11 029 milliards de FCFA
pour 2025 (15 295 milliards à l’horizon 2030, reste largement
sous-exploité.
Ce que révèle le diagnostic
Conduite par le consultant Katoh
Hamadou Koné, l’étude s’appuie sur 97 réponses exploitables. Ses
principaux constats :
·
Un écart
entre délais contractuels et réels :
de 30 à 45 jours sur le papier, mais 16 PME sur
48 déclarent plus de 90 jours, jusqu’à 6 à 12 mois dans le
BTP avec l’État.
·
Des PME
fragilisées : plus de
7 sur 10 en tension de trésorerie récurrente ; 28 sur
49 ont refusé des marchés faute de trésorerie ; 29 sur
49 ont connu ou frôlé la cessation de paiement.
·
Des
asymétries de pouvoir :
38 PME sur 49 ne perçoivent jamais de pénalités de retard ;
15 grandes entreprises sur 20 disent ne jamais en appliquer.
·
Un
paradoxe du financement :
41 PME sur 49 n’ont jamais eu recours à l’affacturage, alors que
8 banques sur 13 estiment que le financement du poste clients
pourrait progresser de plus de 10 % en cas de réforme.
Une réforme hybride et progressive
S’appuyant sur les expériences de la
France et de l’Union européenne, du Maroc, de Hong Kong et de la Malaisie,
l’étude recommande une voie hybride, mêlant régulation sectorielle,
incitations (« Name & Award » pour les bons payeurs) et arbitrage
accéléré :
·
Des
délais plafonds sectoriels négociés : 90 jours dans le BTP, 60 jours dans
l’agro-industrie (vers 45), 30 jours dans la santé privée ; puis un
plafond général de 60 jours après un an d’adaptation.
·
Des
sanctions et incitations :
pénalités de retard automatiques, indemnité forfaitaire de recouvrement de
25 000 FCFA par facture impayée, publication des bons et mauvais
payeurs.
·
Quatre
piliers institutionnels :
un Observatoire des délais de paiement rattaché au CCESP, une
déclaration trimestrielle des retards via la facture normalisée électronique
(FNE) de la DGI, un registre national des factures et un arbitrage accéléré
auprès de la Cour d’Arbitrage de Côte d’Ivoire (CACI), sur une feuille de route
de 24 à 36 mois.
Selon l’étude, la réforme pourrait ramener les délais réels de paiement des PME à 60 jours maximum d’ici 12 à 36 mois et multiplier par deux ou trois le volume de l’affacturage à horizon 3 à 5 ans. Ces projections restent à confirmer par la mise en œuvre.
Des voix pour la réforme
Le Conseiller Technique en chef, M.
Georges Copré, a rappelé que, faute de dispositif abouti en Afrique de l’Ouest,
la Côte d’Ivoire dispose d’« une occasion réelle de se positionner en
pionnière régionale » sur la question.
Côté patronat, la CPU-PME a placé le
débat sous le signe de « Payer à temps pour produire, investir et
conquérir ». À travers l’histoire d’Aminata, cheffe d’une entreprise de
restauration de 25 salariés à Bouaké qui doit refuser un marché faute de
trésorerie, son Président a illustré le coût humain des retards, avant de
plaider pour une loi sur les délais interprofessionnels et un observatoire
national. « Payer à temps n’est pas une faveur faite à une PME. C’est un
contrat honoré », a-t-il déclaré.
Panel de clôture : un consensus
sur l’Observatoire, une exigence d’application
Modéré par M. Moussa Comara, Expert en
développement des entreprises & Ecosystem Builder, le panel a réuni la
CPU-PME, le Groupement Ivoirien du BTP (GIBTP), l’APBEF-CI, l’Ordre des
Experts-Comptables, la CACI et la Direction Générale des PME. Quatre messages
en sont ressortis :
·
Un
consensus sur l’Observatoire des délais de paiement, pour identifier les bons et les mauvais payeurs et
sécuriser les PME.
·
Fixer des
délais ne suffit pas : il faut les faire respecter, par des pénalités automatiques et une certification des
délais par les experts-comptables.
·
Le BTP
est prêt à servir de secteur pilote, avec une attente forte de visibilité sur les délais de
paiement de l’État.
·
Chaque
institution s’est engagée à contribuer à la suite, le représentant de la Direction Générale des PME assurant
que « l’État ne se dérobera pas ».
L’atelier a rassemblé une cinquantaine
de participants : la DGPME, la Direction Générale du Plan et du
Développement, la Direction Générale de l’Économie, le ministère de la Justice
et des Droits de l’Homme, la Commission de l’UEMOA, la CACI, la Bourse de
Sous-traitance, l’APBEF-CI, l’APSFD, la CCI-CI, les chambres d’agriculture et
des métiers, les structures d’appui aux PME, le GIBTP, l’ASA-CI, la CPU-PME et
l’Observatoire National sur la Compétitivité des Entreprises (ONCE).
Et maintenant ?
Les contributions de l’atelier seront intégrées pour
finaliser l’étude. Invitant les participants à « échanger avec franchise
et esprit constructif afin de poser les bases d’une réforme ambitieuse »,
le Secrétariat Exécutif a rappelé que l’atelier est un espace de dialogue. Les
participants ont appelé à garder l’élan en fédérant rapidement les acteurs
mobilisés autour d’un cadre de travail commun.